Interview & partenaire

Interview - Vivien Pertusot de La Machine à Sens

Vivien Pertusot, à travers "La Machine à sens," éclaire les entreprises à mission, encourageant leur utilité dans la société et démontre que gagner de l'argent peut aller de pair avec un impact positif.

L'essentiel en 30 secondes

Dans le cadre de nos rencontres avec des acteurs de demain, Vivien Pertusot a accepté de se confier et de nous parler de son projet, La Machine à sens. Entre newsletters et podcast décliné sous plusieurs formats, Vivien met en lumière des entreprises à mission.

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Si vous deviez présenter La Machine à sens

à quelqu’un d’une autre époque, vous diriez quoi ?

La Machine à sens c'est une newsletter et un podcast, comparables à un bulletin d'information et une émission de radio diffusé(e)s sur un média virtuel. Par leur biais, j'aide les entreprises à être plus utiles dans la société. Je les incite à se demander à quoi elles servent, ce qu'elles peuvent apporter, comment elles produisent, quelles sont leurs relations avec leurs parties prenantes, comment être plus vertueuses, etc. Chaque semaine, je décrypte également des sociétés à mission et entreprises rôles modèles, et montre ainsi que les entreprises peuvent gagner de l'argent tout en étant utiles à la société.

La machine à sens

Comment vous est venue l’idée de proposer des newsletters et podcasts et d’accompagner les entreprises à mission ?

Cette idée vient d'une conjonction de facteurs. Je crois fondamentalement que les entreprises peuvent jouer un rôle positif dans la société. Après le début du covid et les confinements successifs nous imposant de rester le plus possible chez nous, je n'avais plus autant de temps de trajet qu'avant. Je me suis donc demandé comment mettre à profit ce temps gagné. C'est comme ça que j'ai lancé la newsletter pour creuser le sujet des entreprises rôles modèles. De fil en aiguilles, je me suis concentré sur les entreprises à mission, puis j'ai développé mon podcast. Ces outils me permettent d'apporter des éléments de réflexion et d'inspiration, et de proposer des conseils pour aider les entreprises à passer à

l'action.

Quelle est la société qui vous a le plus marqué depuis que vous travaillez sur ce sujet ?

La Camif est impressionnante dans les choix qu'elle fait. C'est une société e-commerce d'ameublement qui fait partie de ceux qui ont initié le green-friday, mouvement anti black-friday. Ils ferment leur site en cette journée, et affirment ainsi clairement leur position. Ils sont extrêmement vertueux dans leur manière de se fournir (ils ne vendent que du made in France et Europe). Ils ont par ailleurs créé des liens avec des PME françaises pour re dynamiser certaines filières et ainsi mettre en avant le savoir faire français.

Deck and Donohue est une brasserie, entreprise à mission, qui a créé un modèle vertueux autour de la fabrication et la commercialisation d’une bière la plus locale possible, ce qui est très rare. Leurs engagements sont forts. Ils refusent par exemple de faire des bières sans alcool (difficile à produire avec uniquement des produits vertueux) ou encore de faire des bières en canette.

Le choix est difficile, il y en a beaucoup. Si je devais en retenir deux, je parlerais de la Camif, société à mission engagée pour une consommation responsable, et de Deck and Donohue, une brasserie de bières.

Quand vous étiez petit, vous rêviez déjà de devenir acteur d’un monde meilleur ?

En toute transparence, non, je ne me suis jamais considéré comme quelqu'un qui pouvait changer le monde. En revanche, j'ai toujours eu un goût à la fois pour l'analyse et pour l'intérêt général. La combinaison des deux et mes différentes expériences personnelles, professionnelles et universitaires m'ont mené à m'intéresser à de sujets liés à l'entreprise et à l'intérêt général. Ça m'a donc conduit à travailler sur des entreprises qui cherchent à avoir un impact positif, à les analyser et à les aider à avancer.

A l’heure actuelle, vous vous concentrez essentiellement sur les entreprises. Prévoyez-vous d’élargir vos sujets à des associations par exemple ?

Aujourd'hui, toute mon activité est centrée sur les entreprises à mission. Cette qualité juridique n'est offerte qu'aux sociétés commerciales, ce qui exclut les associations. Néanmoins de plus en plus d'associations fonctionnent presque comme des entreprises, et certaines ressentent le besoin d'une mission, de cadrer leurs efforts, de structurer leur démarche. Elles sont souvent difficiles à identifier, beaucoup se disent qu'elles n'ont pas besoin de ça, qu'elles servent déjà l'intérêt général en répondant à la loi 1901. Pourtant, certaines associations perdent leur ADN en cherchant des financements par exemple, et cette idée de mission pourrait les aider à retrouver un cadre. Le sujet est donc très intéressant mais pas encore d'actualité.

Avez-vous rencontré des difficultés à développer votre activité ? A vous faire connaître ?

Oui bien sûr. Au début quand je me suis lancé je partais de "zéro". Je ne connaissais personne dans ce milieu, je commençais sans réseau. La croissance de la newsletter a vraiment été organique. Trouver des abonnés, communiquer sur linkedIn et les réseaux a été difficile car je ne pouvais pas m'appuyer sur des

personnes relais. Ça a donc pris du temps, déjà pour trouver mon identité puis pour me faire connaître.

L'avantage que j'ai eu est que je me suis très tôt concentré sur l'entreprise à mission. Il y avait peu d'informations récurrentes et approfondies sur ce sujet. Ça m'a donc permis assez rapidement d'être repéré et contacté par certaines personnes, qui travaillaient sur ce sujet. Aujourd'hui, la newsletter et le podcast sont un vrai canal de communication qui servent à faire connaître mes services de conseil, et contribuent à crédibiliser ma démarche. Je suis souvent contacté par des entreprises via ma newsletter

Quelle est votre plus grande fierté d’entrepreneur ?

Je dirais d'avoir franchi le pas. J'ai quitté un emploi de salarié génial à la BPI. Avoir osé quitter une entreprise "qu'on ne quitte pas" pour l’entrepreneuriat est un sacré cap. Je me suis lancé dans une aventure incertaine car même si j'avais déjà commencé à construire une communauté, le pari était fou.

Mon activité dépend du développement des entreprises à mission en France. Si ça ne prend pas, cette activité aura moins d'intérêt. C'était donc un saut dans le vide.

Auriez-vous des conseils pratiques pour aller encore plus loin dans l’engagement en entreprise ?

J'en aurais trois, simples mais pas toujours appliqués.

1. Se poser la question : en quoi la société irait moins bien si l'entreprise n'existait pas ? Chaque entreprise a un impact sur la société (positif ou négatif). Il faut en prendre conscience, et se demander comment on pourrait impacter la société plus positivement, ce que l'entreprise ne fait pas, ce qu'elle pourrait faire.

2. Interroger ses équipes. Souvent, la stratégie d'entreprise est faite au niveau de

la direction, de l'exécutif. La vision des objectifs de l'entreprise est restrictive. Pourtant, aujourd'hui, l'entreprise n'existe plus comme une entité à part. Il y a une volonté des équipes de participer au projet de l'entreprise. Si on donne la possibilité aux collaborateurs de s'exprimer sur leurs attentes et leurs idées sur le développement de la société, ils évoqueront certaines choses auxquelles la direction n'aurait pas pensé.

3. Interroger son écosystème. Demander à ses clients, pourquoi ils achètent vos produits, services, pourquoi ils continuent de le faire, ce que vous leur apportez de plus, à quels besoins vous répondez. Pareil vis-à-vis des fournisseurs. Il faut se demander quelles sont les raisons qui sont à l'origine de la longévité de la relation. Ces questions qui peuvent paraître basiques ouvrent pourtant énormément

d'horizons. Souvent, on se pose peu ces questions. Les chefs d'entreprise sont très concentrés sur l'aspect business de leur société et oublient parfois de revenir à des questions de base.

Si vous deviez inviter 3 acteurs de demain à répondre à nos questions, qui seraient-ils ?

Michaël Dandrieux. C'est un sociologue de l'imaginaire. Sa réflexion porte sur la manière dont on construit des imaginaires, par exemple autour de l'espoir. Sa pensée explique beaucoup de phénomènes qui mériteraient d'être creusés. Il travaille par exemple sur la notion d’habitabilité du monde dans lequel on vit, le fait qu'on est tenu par des imaginaires qui nous empêchent de penser autrement. C'est quelqu'un de très inspirant.

Stefano Boni. C'est un professeur italien qui a sorti l’ouvrage Homo confort. Il évoque la sociologie du confort. Sa pensée permet de comprendre comment le confort est devenu est la chose la plus consensuelle de notre société. On est toujours dans une quête de plus de confort, qui nous éloigne de la prise de conscience des limites planétaires, de la dureté de la vie… On cherche une bulle propre, facile, simple, qui éloigne des notions d'effort, de difficulté. Dans ces conditions, il est difficile de prendre conscience des conséquences de nos actions et d'adapter nos comportements. J'ai adoré ce livre qui m'a fait réfléchir.

Le troisième n'est pas une personne mais concerne un phénomène : celui de la compensation carbone grâce à la plantation d'arbres Douglas. Beaucoup d'entreprises recourent à cette pratique. Pourtant, le fonctionnement de ce mécanisme est peu encadré et reste assez flou. Les arbres Douglas sont faciles à planter et demandent peu d'entretien mais on les plante souvent n'importe comment, dans des écosystèmes où ils ne devraient pas être. Ils viennent donc perturber l'équilibre de l'écosystème local. En plus, avec les conditions climatiques qui changent, les jeunes arbres meurent. Derrière une action vertueuse, on ne réfléchit pas suffisamment aux processus et ce manque d'encadrement fait perdre l'intérêt de l'action. Il pourrait donc être intéressant de recevoir une personne au cœur de cette action.

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